Le "laissez-passer"

Publié le 12 octobre 2026 à 02:10

Anecdote : Dernièrement, quelqu’un m’a dit avec beaucoup de bienveillance que je devrais aller chercher mon diagnostic d’autisme, car cela pourrait me libérer. Mais, si ma croyance est que tout est déjà libéré, accompli, comment c’est possible? Parce qu’en réalité, je suis déjà libre! Et puis, une étiquette, ça se magasine vraiment ?

Et là, je me disais que je devais avoir l’air vraiment bizarre !!  Et pour quelle raison dire aux autres que je suis autiste pourrait faire en sorte d’être « plus » libre ?! Je n’aurai pas l’air moins bizarre, c’est certain… Et là, j’ai peut-être compris que c’était peut-être un genre de « laissez-passer »  ou bien un contrat qui met un baume sur une souffrance que je ne ressens pas. Quelque chose de cet ordre-là, je ne saurai dire….

Ça m’amène à penser qu’il faut possiblement un « laissez-passer » identitaire pour l’inclusion puisque seulement marcher la terre ne suffit pas…  De toute évidence, non. Pour pouvoir bouger un peu, voyager, vivre véritablement et voler de ses propres ailes, avoir de l’argent pour ne pas survivre, il faut absolument posséder ce « laissez-passer » pour la matrice pour avoir droit à certains privilèges qui font en sorte que la lutte des classes est moins difficile.  Quand j’y pense, c’est tellement bizarre que ça n’aide pas mon cas! Donc, si je consens à dire que je suis « autiste » ou « dépressive » ou « bipolaire » ou autres étiquettes, c’est plus facile d’avoir le « laissez-passer ». Les gens s’identifient plus facilement et ça ne fait pas peur. De cette manière, l’inconfort de la différence est accepté. Sinon, c’est difficile…c'est bizarre: pas de maladie ni d’étiquette…c’est étrange non !?  Des êtres différents, une primeur!

Autre anecdote : J’ai rencontré quelqu’un qui travaille dans le système juridique qui me disait « qu’il ne savaient pas où envoyer ces gens-là ». Ils parlaient des gens probablement bizarres, qui n’ont pas de « laissez-passer ». Des gens en exil, en souffrance, qui semble hésitant, pas sûr d’eux-mêmes, qui sont possiblement dans la rue, dans la délinquance, dans le crime ou qui ne parlent pas trop ou parlent trop…des gens qui ne peuvent guérir d’aucune façon. Ces gens, on les enterre habituellement sous les médicaments psychiatriques. Avoir réussi à réunir mon Esprit vif bien solidement, ma réponse aurait été : « bien c’est simple! Dirige-les en eux-mêmes! Là où ils ont toutes les réponses !! EH ben! Je n’ai rien dit. J’avais trop peur d’avoir l’air bizarre! Je n’ai pas le « laissez-passer » tu vois! ….c’est compliqué.

Autre anecdote : Quelqu’un m’a aussi dit dans une discussion : « ha…moi je ne suis pas libre! »… Sur le coup, j’ai trouvé ça étrange. J’entendais ça comme si être libre était une maladie ou que c’est un état dangereux… Peut-être qu’être libre enlève le privilège du « laissez-passer » ! ……parce que, de la manière que je comprends l’affaire, c’est comme si faire vraiment ce que tu veux, être qui tu veux et ce dont tu as envie, c’est une maladie et ce n’est vraiment pas le bon chemin. Ça me semble inversé… je voyais l’affaire dans l’autre sens.

Mon impression est que sans « laissez-passer », c’est pas mal moins de travail et que c’est plus facile de faire ce qui me plait sans avoir personne sur mon dos. Le rêve? Ben…c’est l’état normal de tout le monde. On n’est pas obligé d’endurer personne sur son dos. On n’est pas obligé de parler quand on n’a pas envie de parler. On n’est pas obligé de plaire quand il n’y a pas de sympathie. C'est un choix à chaque instant sur ce que je veux vivre et de ce que je choisis de vivre véritablement. 

Alors, comment vivre si je ne peux pas endurer personne? Situation très difficile dans la précarité. Je m'organise pour avoir une situation solitaire. De mon côté, quand j’ai peur ou que je suis limité, je remets ça à plus haut, où je sens que quelque chose d'omniscient s'en occupe et là, j'ai confiance à ma parfaite santé, à mon parfait équilibre et que je n’ai pas besoin d’une étiquette pour avoir l’air moins bizarre. Pour moi la liberté est une vertu que je cultive à tout moment, à tous les instants, car je sais que c’est mon essence et que je marche la terre pour l’honorer.

Et même si on me dit : « ha…moi je ne suis pas libre! »  eh bien mon ami, c’est un mensonge, car c’est l’essence même de qui nous sommes.

La bonne nouvelle est que même si tu as toutes les étiquettes et que tu portes toutes les souffrances du monde sans « laissez-passer », du moment où tu marches la terre, ton essence reste intacte dans tous les temps et tous les espaces.

Bonne semaine!

 

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